Trois moments clé qui ont mené à Grow still

Début 2018, je suis allée voir une acupunctrice en raison de douleurs physiques chroniques, et j’en suis ressortie avec une conviction nouvelle : mon mode de vie, jusqu’à ce jour, jouait contre moi.

En tant qu’étudiante, je passais beaucoup de temps à faire la fête. J’étais connue comme l’aimable « fille de party », j’avais un groupe d’amis proches avec qui j’allais boire, comme beaucoup d’étudiants font.

Pendant tout ce temps, je ne me rendais pas compte que ma consommation d’alcool était un problème, parce que je pensais que c’était tout à fait normal et que j’aurais juste à composer avec mes lendemains de veille, retourner plancher sur mes études et mon travail, et puis tout recommencer la fin de semaine d’après.

Mon acupunctrice m’a expliqué que ma consommation d’alcool aggravait ma douleur physique – et pour la première fois, je me suis réellement confiée à une professionnelle.

Parler avec elle m’a fait me rendre compte que je souffrais et que j’avais souffert physiquement depuis longtemps. J’étais aussi stressée émotionnellement, et financièrement, ça n’allait pas si bien… et je n’avais pas vraiment pris les choses en main.

Pour retourner le couteau dans la plaie, je venais tout juste de graduer et j’étais en recherche d’emploi. J’avais fait de nombreuses entrevues seulement pour essuyer des refus.

J’avais de bonnes notes, le niveau d’expérience normal qu’une personne nouvellement graduée peut avoir (c’est-à-dire, beaucoup d’expériences bénévoles et de travail à temps partiel dans le service à la clientèle) et de bonnes références. Alors, où était le problème?

J’ai commencé à me dire que j’étais le problème. Que je ne faisais pas assez. Que je ne travaillais pas assez fort. Que les préjugés que plusieurs s’étaient faits à propos de moi étaient fondés.

Cela a ajouté beaucoup de pression sur moi et j’ai senti que, comme je ne travaillais pas à temps plein, je devrais pagayer plus fort pour rester à la surface.

Ma douleur physique était devenue tellement grande que j’ai dû arrêter quelque chose que j’aimais réellement – le sport.

Toute ma vie, j’avais été identifiée comme une athlète, et cela me rendait non seulement triste, mais remettait en question ma connaissance de moi-même et ma confiance en moi, et j’ai commencé à me sentir confuse vis-à-vis mon identité.

La culmination de toutes ces choses a mené à un surmenage qui a empiré mon état de santé, lequel était déjà en piètre état à ce moment-là.

Alors, j’ai décidé de prendre du temps pour moi, j’ai décidé de ralentir, de réévaluer et de commencer à prendre soin de moi.

J’ai décidé d’arrêter de boire.

Seulement deux semaines après avoir pris cette décision, et au cours des six mois suivants, entre voyages et prises en charge de nombreux conflits et changements dans ma vie, j’ai commencé à rédiger la base de ce qui deviendrait le programme de 4 étapes de Grow still.

En repensant à ma dernière année d’université, j’ai commencé à me rendre compte que beaucoup d’autres personnes de mon âge vivaient des situations similaires, voire pires que la mienne.

J’ai commencé à noter que cette population spécifique (les adultes émergents) était bien mal desservie par la société.

Ils manquaient d’orientation, de ressources et souvent d’un sens de la communauté que nos institutions échouaient à fournir.

Ils étaient effrayés à l’idée du futur, devant jongler avec des circonstances difficiles et ressentant tout la pression qui vient avec la transition vers l’âge adulte, là où leurs choix n’auront jamais semblé autant compter.

La pression de performer, de plaire et d’aller de l’avant est tangible dans la société d’aujourd’hui et a de graves répercussions sur nos choix quotidiens, notre santé et notre bien-être.

Mais si nous nous connaissons véritablement nous-mêmes et si nous sommes conscients de notre potentiel, nous pouvons servir nos communautés de magnifiques façons.

J’ai pensé :

Et s’il existait une ressource qui pouvait combler ce manque et adoucir les réalités difficiles auxquelles les adultes émergents font face durant cette transition?

Et si nous pouvions donner aux gens le moyen d’être proactifs tout en créant un équilibre dans leur vie?

Et si nous pouvions aborder ces enjeux systémiques comme le stress, la santé mentale, le taux de suicide croissant et le manque de soins prodigués aux personnes coincées dans la marge?

Et si nous pouvions faire vivre ces idées au-delà de Montréal?

Aussi en avais-je fini d’essayer de convaincre de ma valeur les personnes autour de moi et les employeurs, et cela m’a incité à prendre les choses en main.

Au début, je ne savais pas vraiment quelle forme prendrait mon idée initiale de Grow still, mais j’ai rapidement entendu parler de Jeunes Volontaires, un programme gouvernemental québécois qui offre les moyens monétaires à de jeunes adultes pour mener à bien un projet pilote.

J’avais initialement prévu créer une application, mais j’ai conclu rapidement qu’un programme en face à face était préférable, considérant que l’on passe déjà tant de temps en ligne, et j’ai commencé à rassembler les personnes clé pour m’aider à mettre les choses en branle et démarrer le projet.

À la seconde où j’ai décidé de le faire, j’ai senti que les astres s’alignaient et nous avons même reçu du financement d’un généreux donateur pour nous maintenir la tête hors de l’eau le temps de faire de plus amples démarches.

Une année plus tard, à l’automne 2019, nous avons obtenu la bourse et avons été en mesure d’agrandir notre équipe de professionnel.les jeunes et dévoué.es à un total de sept membres, qui forment maintenant le noyau dur du centre de soutien de Grow still.

Je me sentais appelée à démarrer Grow still et je ne savais pas vraiment si cela pouvait devenir durable, mais j’ai suivi mon intuition et mes idées.

À ce jour, cela m’a mené à tellement de connexions et d’opportunités incroyables, tout en élargissant mon réseau de soutien personnel et professionnel.

Je n’avais jamais vraiment compris ce qu’était le sentiment de communauté avant de démarrer ce projet. Maintenant, ça signifie pour moi que tu n’es jamais vraiment seul.e, même si tu fais l’expérience de choses qui peuvent te faire sentir seul.e.

La communauté sera là pour te soutenir, quoi qu’il arrive.

Nous avons vraiment pu voir l’impact que nous avons eu sur les personnes avec qui nous avons pu travailler et que nous avons eu le plaisir de supporter – des personnes aux origines, aux circonstances, aux situations et aux expériences bien différentes.

Finalement, à travers tout ça, ma propre santé s’est mise à s’améliorer, car j’ai pu acquérir une meilleure conscience de moi-même et avoir accès aux ressources dont j’avais besoin.

J’aimerais vraiment que tous les jeunes adultes sachent qu’ils ne sont pas seuls, qu’ils valent assez, et qu’ils méritent d’être heureux et en santé.

C’est ce que Grow still vise à faire – donner de l’espoir et mettre en lumière les choses qui importent, et motiver les gens à s’approprier leur vie et à affronter leurs propres difficultés. Si vous êtes à la recherche d’un sens de la communauté et de tout type de soutien, gardez un œil sur nos ateliers et évènements à venir!